Un protagoniste qui descend du principal villain de la saga. Une intrigue qui se déroule entièrement au sein d’une organisation criminelle. Et un titre en italien, pas en anglais, pas en japonais – en italien.
Dès le départ, la partie 5 de JoJo’s Bizarre Adventure joue sur des registres inhabituels pour un shōnen de la fin des années 90.
Vento Aureo reste à ce jour l’une des parties les plus débattues de la saga Araki, adulée par certains fans pour son ambiance unique, questionnée par d’autres pour sa narration dense. Voici ce qu’il y a vraiment à savoir sur cet arc.
Vento Aureo, c’est quoi exactement?
Vento Aureo est la cinquième partie de JoJo’s Bizarre Adventure, le manga de Hirohiko Araki. Elle a été sérialisée dans le Weekly Shōnen Jump du 11 décembre 1995 au 5 avril 1999, soit plus de trois ans de publication continue.
L’histoire se déroule en Italie en 2001, cadre radicalement différent des parties précédentes ancrées en Angleterre, au Japon ou aux États-Unis.
Le titre mérite une explication. Vento Aureo signifie littéralement « vent d’or » en italien, ce qui correspond au titre international Golden Wind utilisé depuis l’adaptation animée.
Mais cette dénomination italienne n’est pas un choix tardif. Elle apparaît pour la première fois dans le livre JOJO A-GO!GO!, puis dans l’édition bunkoban du manga.
Dans les médias japonais, c’est systématiquement le nom Vento Aureo qui était employé – dans le jeu vidéo de 2002, dans l’ouvrage JOJOVELLER, dans les trailers du jeu All-Star Battle.
Le terme Golden Wind n’a réellement gagné en visibilité qu’avec l’annonce de l’animé en 2018.
Ce choix de nommer une partie de manga en langue italienne est à l’image de l’arc entier : Araki revendique une influence culturelle européenne forte, visible dans les références artistiques, les décors et le style vestimentaire des personnages.
Giorno Giovanna : qui se cache derrière ce héros atypique?

Giorno Giovanna n’est pas un Joestar ordinaire. Son vrai nom est Haruno Shiobana (汐華 初流乃), né le 16 avril 1985 d’une mère japonaise et de DIO Brando – le grand villain des parties 1 et 3.
La particularité généalogique est vertigineuse : DIO a conçu Giorno dans le corps de Jonathan Joestar, ce qui fait de lui un descendant biologique des deux lignées, Joestar et Brando, simultanément.
Vers l’âge de 4 ans, la mère de Giorno épouse un Italien et la famille s’installe en Italie. C’est là que le jeune Haruno adopte le nom Giorno Giovanna et grandit dans un environnement difficile, marqué par la violence et l’isolement.
Son ambition est claire depuis le début de l’arc : devenir un « Gang-Star », contraction volontaire de gangster et de star, et réformer le milieu criminel napolitain de l’intérieur pour le vider de son trafic de drogue.
Ce que les fans retiennent souvent, c’est le paradoxe fondateur du personnage. Giorno partage le sang de DIO, l’antagoniste absolu de la saga, mais son tempérament et ses valeurs le rapprochent davantage de la lignée Joestar.
Il hérite du charme froid de son père biologique tout en poursuivant un idéal moral qui aurait plu à son ancêtre Jonathan. Cette tension entre héritage maudit et volonté propre traverse tout l’arc.
Les personnages principaux de Golden Wind
Giorno rejoint rapidement un groupe opérationnel au sein de l’organisation Passione. L’équipe qui l’accompagne tout au long de l’arc est l’une des plus attachantes de la saga.
- Bruno Bucciarati : le chef de groupe, homme de principes coincé entre sa loyauté envers Passione et son dégoût du trafic de drogue. C’est lui qui recrute Giorno et qui prend les décisions stratégiques les plus lourdes.
- Leone Abbacchio : ancien policier reconverti, cynique et méfiant, dont l’arc personnel touche à la question de la rédemption et du deuil.
- Pannacotta Fugo : le mathématicien du groupe, dont le Stand aux propriétés létales pose un problème tactique constant à ses propres alliés.
- Narancia Ghirga : le plus jeune, loyal et impulsif, souvent comique mais dont le passé est particulièrement sombre.
- Guido Mista : le tireur du groupe, superstitieux au point de refuser tout ce qui touche au chiffre 4, ce qui devient un ressort narratif récurrent.
- Trish Una : la fille de Diavolo, que le groupe doit protéger. Son rôle évolue de personnage à escorter vers un membre à part entière de l’équipe.
Ce groupe fonctionne comme une famille de substitution, avec des dynamiques internes qui rappellent davantage un seinen que le shōnen classique.
Les liens entre ces personnages sont mis à l’épreuve de façon répétée, et Araki ne s’interdit pas de briser ce qu’il a construit.
Quel est le méchant principal de Golden Wind?

Diavolo est le grand antagoniste de Vento Aureo, et il est construit sur un mystère. Pendant une grande partie de l’arc, son identité réelle reste inconnue, y compris pour la majorité des membres de sa propre organisation Passione.
Il dirige le gang depuis l’ombre, sans que quiconque connaisse son visage.
Son lien avec Trish Una est l’élément déclencheur du récit : elle est sa fille, et précisément parce qu’elle pourrait révéler des informations sur ses origines, il cherche à l’éliminer.
Cette décision de tuer sa propre enfant pour protéger son anonymat définit bien le personnage – quelqu’un pour qui l’identité est une obsession existentielle, pas seulement tactique.
Diavolo possède une double personnalité littérale : Vinegar Doppio est son alter ego docile, qui interagit avec le monde extérieur à sa place. Cette construction narrative le distingue des villains précédents de la saga.
Là où un chef d’organisation comme Kuroro Lucifer dans Hunter x Hunter assume une présence charismatique assumée, Diavolo construit son pouvoir sur l’effacement total de soi.
Parmi les antagonistes secondaires, Risotto Nero, chef d’une faction dissidente au sein de Passione, laisse une impression durable malgré son temps d’écran limité.
Son affrontement avec Diavolo est l’une des scènes les plus citées par les fans.
Les Stands de Vento Aureo : un bestiaire de pouvoirs hors normes
La partie 5 est souvent citée comme l’une des plus inventives de la saga en matière de conception de Stands.
Chaque pouvoir est pensé comme une contrainte tactique autant que comme une capacité offensive.
Gold Experience, le Stand de Giorno, donne la vie à la matière inerte – transformer un objet en plante ou en animal. Ce pouvoir en apparence défensif devient redoutable en combat lorsqu’il est utilisé pour créer des pièges biologiques ou régénérer les blessures.
Sa forme ultime, Gold Experience Requiem, obtenue en fin d’arc, est parmi les pouvoirs les plus discutés de toute la franchise.
King Crimson, le Stand de Diavolo, efface des segments de temps – les événements se produisent, mais personne d’autre que Diavolo ne les perçoit ni ne peut les influencer.
La logique de ce pouvoir a généré des années de débats dans les communautés de fans, tant son fonctionnement précis est formulé de façon délibérément cryptique dans le manga.
Sticky Fingers de Bucciarati crée des fermetures éclair sur n’importe quelle surface, y compris les corps humains, permettant de les ouvrir et de dissimuler des objets ou des personnes.
C’est un pouvoir à l’image du personnage : pratique, direct, moralement ambigu.
Sex Pistols de Mista est un cas à part. Six petites entités autonomes guident les balles tirées par Mista et peuvent les faire dévier ou ricocher à volonté.
Le fait que ces entités aient chacune leur personnalité – et évitent collectivement le chiffre 7 – ajoute une dimension comique à un Stand pourtant redoutable en combat.
Le manga Vento Aureo reste une lecture à part dans la saga Araki

Sur le plan éditorial, l’arc couvre 155 chapitres, compilés dans les volumes 47 à 63 des tankōbon Jump Comics.
VIZ Media a annoncé sa publication en anglais le 25 octobre 2020, avec un premier volume sorti en août 2021 et le dernier en août 2023 – soit neuf volumes hardcover au format qui a devenu la norme pour les rééditions JoJo en Occident.
Le manga affiche un score de 8,18 sur 10 sur MyAnimeList, calculé à partir de plus de 74 000 notes, ce qui le place en popularité #129 sur la plateforme.
Ce chiffre dit quelque chose d’intéressant : Vento Aureo est très apprécié, mais pas au sommet absolu des classements JoJo, contrairement à ce que son statut de « partie préférée » chez de nombreux fans pourrait laisser supposer.
Lire le manga après avoir vu l’animé reste une expérience distincte. Le dessin d’Araki sur cette période est dense, avec des compositions qui doivent parfois être relues pour être pleinement comprises.
Les combats, notamment ceux impliquant King Crimson, sont plus lisibles à l’écrit car les annotations et les répétitions de panels permettent un rythme de lecture plus contrôlé.
La version papier offre aussi des détails visuels – tenues, expressions, arrière-plans inspirés de l’art contemporain – que l’adaptation animée homogénéise parfois par souci de fluidité.
Comment l’anime Jojo Part 5 a été produit et diffusé?
L’adaptation animée de Vento Aureo a une histoire de production plus longue que son lancement public ne le laisse penser.
La quatrième saison de l’animé JoJo a été approuvée en production dès janvier 2017. L’annonce officielle n’est venue que le 21 juin 2018, faite directement par Hirohiko Araki.
David Production et Warner Bros. Japan ont co-produit les 39 épisodes, diffusés du 5 octobre 2018 au 28 juillet 2019 sur Tokyo MX, BS11 et MBS.
Crunchyroll a assuré le simulcast international, ce qui a permis à une large audience francophone de suivre l’arc semaine après semaine.
Le doublage anglais a été diffusé sur Toonami en 2019, consolidant la place de la franchise dans la culture pop animé mondiale.
David Production, qui travaille sur l’animé JoJo depuis la partie 2, a développé sur Vento Aureo un style visuel reconnaissable : palette de couleurs changeante selon les arcs narratifs, transitions inventives entre les scènes, et une direction artistique qui assume pleinement les références à la mode italienne des personnages.
L’opening Fighting Gold de Coda est resté longtemps dans les mémoires, et l’épisode 23 – autour d’une scène de dégustation de pizza – est devenu un moment culte de l’animé de cette période.
Ce que les fans retiennent vraiment de Vento Aureo

La réception de Golden Wind par les fans est particulière parce qu’elle est rarement neutre.
Ceux qui la citent comme leur partie préférée reviennent systématiquement sur les mêmes points : le rythme des affrontements, la tension émotionnelle qui monte progressivement, et la façon dont Araki traite les pertes au sein du groupe sans les édulcorer.
Les scènes de mort dans Vento Aureo ont marqué les lecteurs et spectateurs d’une façon qui rappelle ce que des antihéros comme Light Yagami dans Death Note produisent – cette sensation que l’auteur ne s’interdit rien pour servir son récit.
L’attachement créé pour certains personnages rend leurs fins d’autant plus brutales.
Les points de friction existent aussi. La narration du pouvoir de King Crimson est régulièrement citée comme une source de confusion, avec des plaisanteries de fans (« King Crimson, ça efface aussi la compréhension du lecteur ») qui témoignent d’une frustration réelle.
Certains trouvent également que la partie 5 manque d’un protagoniste aussi immédiatement charismatique que Josuke ou Jotaro, Giorno étant perçu comme plus froid, moins expressif.
Dans les classements subjectifs que les fans publient régulièrement, Vento Aureo oscille généralement entre la deuxième et la quatrième place.
Elle concurrence souvent la partie 4 (Diamond is Unbreakable) pour le titre de partie préférée, avec des arguments des deux côtés qui résistent à toute synthèse définitive.
Ce débat lui-même dit quelque chose sur la qualité de l’arc : on ne discute pas pendant des années de quelque chose d’ordinaire.
Ce que Vento Aureo a apporté à la saga reste visible bien au-delà de 1999 : un protagoniste moralement ambigu dès son origine, un cadre criminel assumé comme toile de fond, et des Stands dont la logique interne force à penser avant d’agir.
Araki a pris des risques sur cette partie, et les cicatrices de ces risques – dans le récit comme dans les personnages – sont exactement ce qui la rend difficile à oublier.