
Le Japon, patrie du manga, est confronté à une réalité déconcertante qui secoue les fondations de son industrie créative. Kazuaki Ishibashi, l’esprit aiguisé derrière l’édition de chefs-d’œuvre tels que Mob Psycho 100 et The World Only God Knows, a brisé le silence. Dans une chronique qui a fait grand bruit sur les réseaux, ce vétéran de l’édition a mis en lumière une vérité amère : l’industrie est envahie par des professionnels aux CV impeccables et aux compétences sociales irréprochables, mais affligés d’un défaut fatal : ils ne lisent pas de manga. Cette crise des éditeurs manga soulève de sérieuses questions sur l’avenir du médium.
La crise des éditeurs manga : « Ils regardent des résumés TikTok et pensent savoir »
La critique d’Ishibashi n’est pas un simple soupir nostalgique d’une ancienne génération ; c’est une dénonciation cinglante d’une compétence professionnelle en déclin. « J’ai perdu le compte du nombre de fois où je leur ai demandé : « Alors, pourquoi voulez-vous être éditeur de manga ? » Dans ma tête, je suis furieux », a-t-il confessé. Selon lui, la « folie » et l’obsession d’antan, où les éditeurs vivaient et respiraient l’encre, ont tout simplement disparu. L’engagement profond envers le médium semble avoir été remplacé par une approche plus superficielle.

« Gérer une propriété intellectuelle » : quand la passion s’efface
Le problème réside au cœur des motivations. Autrefois, un éditeur déclarait avec ferveur : « Le manga est ma vie, rien d’autre n’importe. » Aujourd’hui, les aspirants voient le poste comme un simple tremplin à la mode dans l’industrie du divertissement. Leurs réponses sont souvent corporatives et dénuées de substance : « Je veux soutenir les créateurs » ou « Je veux m’impliquer avec une Propriété Intellectuelle (IP) ». Il n’y a plus de passion viscérale pour le médium lui-même, seulement un intérêt pour le côté commercial et l’opportunité de carrière.
Le piège des algorithmes et les « producteurs sourds »
Kazuaki Ishibashi a été brutalement spécifique quant à la manière dont ces jeunes « consomment » le contenu. Il incrimine la disparition progressive des librairies physiques et l’ascension fulgurante des algorithmes numériques qui ne montrent que ce que l’on veut voir, réduisant ainsi les horizons. Pire encore, beaucoup croient que regarder des vidéos de résumés, des adaptations animées ou des panels viraux sur les réseaux sociaux équivaut à « lire du manga ». Cette approche fragmentée et passive de la lecture de manga est une source d’inquiétude majeure pour l’avenir de l’édition.
Pour illustrer l’absurdité de la situation, il a lancé une comparaison dévastatrice : « Un éditeur qui ne lit pas suffisamment de manga est comme un producteur de musique qui n’écoute pas de musique. » Sans une base de données mentale riche d’œuvres passées, ces nouveaux éditeurs manga sont incapables de détecter les plagiats, les clichés mal exécutés ou de guider efficacement un auteur. Ils manquent cruellement du discernement et du critère que seules des milliers d’heures de lecture réelle peuvent conférer. Cette carence fondamentale pourrait bien altérer la qualité et l’innovation au sein de l’industrie.
Pensez-vous que l’industrie du manga puisse survivre si ses éditeurs cessent d’être de véritables passionnés ?
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